Château Haut-Brion : l’alliance impérieuse entre l’innovation et la tradition

Domaine viticole le plus réputé du vignoble des Graves, sur la commune de Pessac et de Talence, Château Haut-Brion s’emploie depuis des décennies à redonner ses lettres de noblesse au vin. Une ambition d’excellence qui fait sa renommée à travers le monde.

« On a qu’une seule chance de faire bonne impression ». Qui n’a jamais entendu ce précepte selon lequel la deuxième tentative n’existe pas ? Dans le vin pas d’exception à la règle, la première étape c’est le contact visuel. En bon détective, le dégustateur scrute et tire ses premières conclusions. « Hâtives » direz-vous…et bien pas tant que cela, car boire du vin, que dis-je, déguster du vin, c’est avant tout une aventure. Les fins connaisseurs savent faire la distinction parmi l’immense palette des teintes, le lien avec une région, ou encore des pronostics sur la maturité, avant même que les premières gouttes ne viennent aiguiser leur palais. À l’énoncé du nom Haut-Brion, le premier réflexe de certains sera même : « une générosité en bouche qui ne laisse personne indifférent ». Quand aux novices en œnologie, disons que l’exercice est à appréhender comme l’explication d’une poésie ou encore la critique d’un tableau. L’impression d’ensemble peut être suffisante mais il est tellement plus gratifiant d’aller au delà des évidences. Des vignobles chargés d’histoire Il y a longtemps que le vin s’est émancipé de son rôle de simple boisson et de sa vocation religieuse pour s’élever au statut de produit gastronomique. Et justement sans rentrer dans trop de détails dignes des cours d’histoire, reprenons depuis le début. C’est au 1er siècle après Jésus-Christ qu’apparaissent les premières vignes dans la région des Graves, au sud de la ville de Bordeaux. Point d’orgue qui donnera lieu à la naissance d’une tradition viticole et qui fera de Haut-Brion le premier cru bordelais désigné par le nom de son terroir, et non pas celui de son propriétaire ou de sa paroisse. De plus, le Château Haut-Brion obtient la rare distinction de statut suprême à la classification historique des vins de Bordeaux de 1855. Un éloge des plus prestigieux qui en fera le breuvage des tables des chefs d’état et souverains de ce monde. Parmi eux, Thomas Jefferson, le troisième président des États-Unis. Suite à sa première visite du Château en 1787, il rédige ces quelques lignes à son beau-frère Francis Eppes : «Je ne peux pas me priver du plaisir de vous demander d’investir dans un lot de vin que j’ai choisi pour moi-même. Cela vous donnera un exemple de ce qu’est le meilleur vin de Bordeaux ». Rétrospectivement, les évolutions, les inventions et les transformations majeures qui ont jalonné l’histoire du Château Haut-Brion ont revêtu de multiples formes. Tour à tour, révolutionnaires ou classiques, tous les propriétaires ont fait preuve d’une créativité suffisamment puissante pour contribuer à l’ascension de ce vin d’exception. Parmi les quatre familles qui se sont succédées depuis le 16ème siècle, Arnaud III de Pontac est gravé dans l’histoire de Haut-Brion. Homme de la Renaissance, humaniste et érudit, il inaugure un nouveau style de vin, précurseur des Grands Crus rouges actuels. Ses spécificités ? Il résulte d’une plus longue période d’élevage, bénéficie de nouvelles techniques : l’ouillage (pratique consistant à remplir régulièrement les fûts pour éviter l’oxydation du vin) et le soutirage (procédé permettant l’élimination des lies et l’aération du vin). Grâce à elles, le vin peut désormais vieillir en bouteille, se bonifier avec l’âge. Une « révolution vinicole » pour de nombreux historiens. La qualité et le savoir-faire, des engagements infaillibles En 1935, le banquier américain, Clarence Dillon acquiert le Château Haut-Brion. Depuis, la volonté de modernisation est une seconde nature. Il a fait installer par son neveu Seymour Weller, l’électricité et un nouveau système de plomberie. Aussi il a remplacé les équipements usagés par des systèmes plus performants et a revu l’aménagement paysager des jardins et autres espaces extérieurs. Aujourd’hui, le Prince Robert de Luxembourg, son arrière petit-fils perpétue les valeurs et traditions de la propriété vinicole avec brio. Si les vins du Château Haut-Brion demeurent au sommet de la hiérarchie, ils continuent néanmoins à rivaliser avec les autres ténors de Bordeaux. Et dans le berceau des grands vins Pessac-Léognan, un seul vin est susceptible de proposer une rivalité : son demi-frère initié par Joan Dillon, petite fille de Clarence, le Château La Mission Haut-Brion. Concernant le bordeaux en lui-même, c’est avant tout des cépages à part quasi-égale de merlot et de cabernet-sauvignon (différence avec les premiers crus classés du Médoc) qui en font un vin ample et riche. La liste des millésimes remarquables du Château Haut Brion compte celui de 1989. Ses arômes de cèdre, de cassis et de chocolat même à 30 ans d’âge en font un grand classique. Le Clarence de Haut-Brion 2015 promet quant à lui de faire partie des légendes produites par le château. Dans un registre plus flamboyant, ses notes de fruits noirs et d’arômes fumés sont la promesse d’une entrée en bouche délicieusement ferme avec une évolution sur des tanins serrés et fins. Caractérisé à la fois comme un vin frais au beau volume sur la fin, il ne sera que meilleur avec le temps. De quoi donner envie aux novices, de faire de l’art de la dégustation, leur nouveau dada.