Du grand Art sur cadran

Tels de véritables œuvres d’art, les cadrans sont les faciès des garde-temps, qui à travers leurs fonctions et leur mécanisme, laissent entrevoir l’âme profonde de la montre. Le travail de ces derniers s’appuie entre autres sur des savoir-faire ancestraux qui se transmettent à travers les siècles, d’artisan à artisan, comme l’émaillage, la marqueterie de paille, le sertissage de pierres précieuses, le guillochage, la micro mosaïque, la peinture, la broderie ou encore la gravure, tant de techniques d’exception qui laissent libre cours à toutes les envies. Le travail effectué sur les complications et les mouvements, toujours plus audacieux a également donné un nouveau visage à la haute horlogerie. Ces métiers d’art à mi-chemin entre haute couture, dernières complications horlogères et traditions séculaires nous dévoilent dans les pages qui suivent quelques-uns des plus beaux cadrans du moment.

L’émaillage

Slim d’Hermès Grrrrr

Métier d’art par excellence, le travail de cette composition de silice et de fondant, colorée par l’ajout de différents oxydes métalliques, se retrouve sur des garde-temps datant de la renaissance. Déposée sur une plaque de métal l’émail est porté à haute température (entre 800 et 1200 ° pour les émaux « grand feu »), fond et se vitrifie devenant ainsi inaltérable. Il est alors concassé afin de donner une poudre colorée. La décoration d’un cadran à l’émail se décline selon trois grandes techniques : le cloisonné, le champlevé, le flinqué ou encore la miniature sur émail. Le premier consiste à dessiner sur la plaque de métal à l’aide de fils d’or très fins le motif puis à combler les alvéoles ainsi créées avec des couches d’émail déposées une à une. Un travail fastidieux qui nécessite souvent plus d’une cinquantaine de manipulations et près de 15 passages au four (en effet chaque couleur requiert une température propre). L’émail champlevé s’appuie quant à lui sur une plaque de fer creusée de cavités dans lesquelles est déversée la poudre d’émail. Le flinqué joue sur la transparence de ce matériau en gravant ou guillochant des motifs sur ce dernier. Enfin la peinture miniature est un peu le summum de cet art puisqu’elle est réalisée au pinceau et nécessite le même travail de feu sur chaque couleur.
Le « grand feu » est à l’honneur chez Ulysse Nardin avec sa Classico Lady Grand Feu où il est même guilloché. Hermès sublime quant à lui la technique de l’émail miniature avec sa Slim Grrrrrr qui dévoile un portrait d’ours issu d’un carré Hermès dessiné par l’artiste Alice Shirley et réalisé pigment par pigment. Ce savoir faire est également mis en avant dans la nouvelle déclinaison « Petite Heure Minute » de Jaquet Droz qui invite au voyage en dévoilant le roi de la savane. Avec son modèle Métiers d’Art Copernic sphères célestes 2460 RT, Vacheron Constantin illustre avec brio l’art de l’émail Grand Feu en reproduisant avec poésie la carte astronomique du système copernicien dessinée par Andreas Cellarius. Dans sa Montre Lady Arpels Papillon Automate, Van Cleef & Arpels ne lésine en rien puisque on y retrouve de l’émail champlevé, paillonné, plique-à-jour et plique-à-jour courbe, et de la peinture miniature.

La gravure

Bell & Ross burning Skull

La gravure est l’un des plus anciens arts décoratifs au monde. Procédant par enlèvement de la matière, le maître graveur créé des dessins et des caractères (lettres ou chiffres) en creux ou en relief à l’aide d’une échoppe ou d’un burin. Cet art demande beaucoup de précision et de sens artistique. Le mouvement, le boitier, le fond, le cadran et même le verre peuvent arborer des gravures. Cette dernière est bien évidemment décorative mais peut également se révéler identitaire. Il existe évidemment plusieurs procédés de gravure : à la main, à la machine (pantographe ou encore laser), ou encore chimiquement. Pour ce dernier, on recouvre le dessin désiré sur la pièce à graver d’un vernis protecteur sensible aux rayons UV. La pièce est ensuite trempée dans l’acide qui attaque alors uniquement le métal non protégé. Le dessin apparaît alors en relief. On dénombre multitudes de techniques de gravure, comme vu juste avant le guillochage ou encore le ramolayé. Ce dernier est une très ancienne technique de gravure obtenue à partir de petits ciseaux ou burins, adoucie avec des rifloirs (qui sont en fait de petites limes). Cet art ne peut être reproduit par une machine et est donc extrêmement recherché. Yvan Arpa, fondateur d’ArtyA et le maître graveur Bram Ramon subliment cet art avec une pièce unique, Sculpted Gold Tourbillon aux gravures ornementales Néo renaissance toutes en relief. Dans sa collection Mademoiselle Privé, Chanel met à l’honneur la très ancienne technique de la glyptique qui consiste en la taille et la gravure en profondeur et en relief de métaux et de pierres précieuses donnant ainsi vie à sa très réelle Coromandel. Avec sa BR01 Burning Skull, Bell & Ross rend hommage à l’art du tatouage avec un garde temps au boitier entièrement gravé en creux et où chaque trait est rempli d’une encre vernie noire pour un effet très graphique. Changement de décor chez Dior avec sa pièce unique Grand Bal Galaxie Dorado au cadran éblouissant et coloré subtilement souligné d’un drapé d’or gravé à la main. Son fond est également gravé de la constellation de Dorado. En plus d’être le tout premier tourbillon satellite du monde, et d’intégrer d’authentiques fragments d’une mystérieuse météorite, la pièce exceptionnelle Louis Moinet « Space Mystery » s’habille d’une boite entièrement gravée et polie à la main. Le superbe cadran de l’Oméga De Ville Prestige Butterfly dévoile tout en délicatesse un motif papillon également obtenu grâce à la technique du ramolayage à la finition satinée circulaire.

Le guillochage

Remontant au début du XVIIIème siècle, le guillochage est une technique particulière de gravure mécanique en creux qui consiste à habiller la surface travaillée de fines lignes rectilignes ou courbes, parallèles entre elles qui peuvent ou non s’entrecroiser. Ce savoir faire est très utilisé en horlogerie notamment pour habiller les cadrans mais également les boîtes et certaines parties du mouvement comme par exemple la masse oscillante. Plusieurs de ces décors guillochés reconnaissables au premier coup d’œil portent d’ailleurs des noms bien spécifiques comme le « clou de Paris », le « grain d’orge », ou encore le « pavé de Paris ». Bien qu’industrialisé (grâce entre autres à des machines à estamper qui impriment le motif guilloché en une seule fois sur la pièce), c’est le guillochage « fait main » qui remporte tous les suffrages des Maisons de Haute Horlogerie. L’artisan s’appuie certes sur la mécanique d’une machine mais pour un guillochage manuel il actionne lui même le chariot portant le burin tout en maniant la pièce grâce à une manivelle. Ce savoir-faire nécessite beaucoup de concentration, de précision et de dextérité. Le rendu est incomparable, chaque guillochure réfractant la lumière de manière exceptionnelle. De plus, le guillochage limite l’apparition de marques d’usure mais facilite également la lecture des différentes fonctions.
En la matière Breguet se démarque avec son modèle Reine de Naples Princesse 8965 qui joue les contrastes entre la douceur de son cadran ovoïde en nacre blanche et le côté géométrique de son guilloché main aux lignes franches et modernes. Le Planétarium Tri- Axial de Girard Perregaux, outre un tourbillon à trois axes de rotation, un globe terrestre rotatif avec indication jour/nuit et une phase de Lune en peinture miniature, présente également un cadran argenté guilloché selon un motif évoquant les méridiens terrestres. Frédérique Constant et son Chronographe Manufacture Flyback développé et produit en interne décline une version classique très chic au cadran argenté avec décor guilloché « clou de Paris » (en forme de têtes de clous). Un guillochage tout en courbes vient également orner le cadran de la dernière version de la gamme Excellence de chez Louis Erard. Enfin Patek Philippe met également cet art en valeur sur le cadran gris-bleu de sa dernière World Time, Reference 7130.

L’art des complications

La plupart des mouvements se font timides et restent cachés. Mais pour certains garde-temps ce sont eux qui donnent tout leur caractère au cadran. Parmi les arts horlogers on ne pouvait mettre de côté un savoir faire indissociable de la haute horlogerie, celui du squelettage. Bien au delà des simples découpage et limage, l’ajourage confère une dimension extraordinaire à la montre en offrant un regard sur certaines pièces du mouvement. Toute la complexité tient entre un juste équilibre entre esthétisme et bon fonctionnement. De même ce sont parfois les complications totalement avant-gardistes qui tiennent le devant de la scène. Phase de lune, quantième perpétuel, répétition minutes, double rattrappante, heure universelle, tourbillons extravagants, mécanique démentielle, la preuve par cinq que l’imagination n’a pas de limite ! Au dernier Baselworld, Hublot a présenté en exclusivité son tout premier tourbillon multi-axe au boitier et au mouvement totalement inédits. L’idée est d’offrir une visibilité maximum sur le-dit tourbillon et sa double rotation. Pour ce faire la Maison a imaginé un boitier dont la forme originale est entièrement définie par ce dernier. Sa large ouverture en verre saphir à 3 pans offre une vue parfaite sur la course de ce tourbillon au double axe. En matière de squelettage, Corum n’a pas son pareil notamment avec sa collection iconique Golden Bridge qu’il décline pour la première fois dans un boitier rectangulaire. Avec ses micro structures suspendues entre deux verres saphir, tout a été réfléchi afin d’offrir un point de vue global sur le parcours du calibre depuis le ressort de barillet à 6 heures jusqu’à l’échappement à 12 heures. Toujours à Bâle, Jacob&Co a dévoilé sa vision novatrice de la boite à musique traditionnelle suisse dans un mouvement de montre bracelet. Pour cela, la marque a monté deux cylindres et des lames de boîte à musique sur le calibre manuel JCFM02 spécialement développé pour l’occasion. En plus du charmant spectacle offert par le cadran qui s’anime, lorsque le poussoir à 2h est enclenché une mélodie s’égrène pendant 20 secondes sur 120 notes. Hypnotisante est aussi l’admiration du nouveau ExoTourbillon Rattrapante de la collection Heritage Chronométrie de Montblanc. Contrastant avec l’esthétisme traditionnel de la montre l’ExoTourbillon attire immédiatement tous le regard et invite à une plongée vertigineuse au cœur du cadran. Avec sa Chronomaster El Primero Grande Date Full Open, Zénith illustre à merveille l’art de l’ajourage avec un mouvement à cœur ouvert. Ce garde temps révèle ainsi le cœur de ses performances et de sa précision. Tout simplement époustouflant !