La Maison Février, star des costumes du music-hall

Depuis près d’un siècle, la Maison Février fait (re)vivre les plus beaux costumes du music-hall. Connue pour son travail extraordinaire avec des plumes, elle s’active dans les coulisses des plus grands spectacles pour que le show soit spectaculaire et féérique. Boas, éventails, coiffes : les accessoires signés Maison Février font le bonheur des artistes et suscitent l’admiration des spectateurs.

Du petit atelier au Moulin Rouge
L’aventure démarre en 1929, dans un petit atelier près de la porte Saint-Denis à Paris. M. et Mme Février, deux amoureux de la création, se font rapidement connaître pour leurs chapeaux, décorés principalement de plumes. L’atelier attire alors l’attention de la star de « Mon homme », reine du concept qu’on appellera plus tard le « music-hall » : Mistinguett. Femme au fort caractère, elle dirige d’une main de fer sa troupe de danseuses au Moulin Rouge, et souhaite les voir rayonner dans des costumes époustouflants. Elle s’adresse alors à la Maison Février pour imaginer des tenues de scène parées des plus belles plumes… Pari réussi pour le couple d’artisans, qui voit son succès exploser grâce à cette collaboration artistique. Très vite, la Maison se spécialise dans la création de costumes et d’accessoires destinés au monde du spectacle. Les stars telles que Joséphine Baker, Zizi Jeanmaire ou encore Line Renaud se précipitent à l’atelier, les plus grandes salles de spectacles comme le Lido s’associent à la Maison. La notoriété de la Maison Février prend une nouvelle ampleur dans les années 1970, grâce à la télévision. De grandes marques de design collaborent ensuite avec la Maison, comme Chanel, Yves Saint Laurent, Louis Vuitton ou encore Nina Ricci. L’atelier est alors rebaptisé « Société Parisienne des Parures et Nouveautés » ou SPPN. Presque un demi-siècle après, la Maison Février connaît un nouveau rebondissement dans son histoire : elle est rachetée par le Moulin Rouge. Elle s’installe alors dans un atelier-loft luxueux dans le 18ème arrondissement de Paris. Une aubaine pour les plumassières, qui sont sans cesse inspirées par les artistes en tout genre du quartier.

Editte Février, plumassière dans l’âme
Elle est Dans la société depuis près de 20 ans, et s’est découvert une passion pour les plumes au fil des années. Editte Février est la responsable de la Maison Février. Pour elle, la plume est « très agréable à toucher et à porter, c’est une matière noble ». D’ailleurs, elle a, parmi toutes les plumes de l’atelier, sa préférée : la plume d’autruche. « C’est une plume déjà très belle en elle-même. Elle est facile à manipuler, et possède toujours ce petit côté sensuel. » Pour être plumassier, il faut « avoir le plaisir de travailler cette matière, assure-t-elle, mais aussi avoir cette envie de réaliser des costumes. » Il faut également savoir faire preuve de patience et de persévérance. « Les costumes de music-hall sont longs à préparer. Il faut pouvoir en fabriquer 30-40, selon le nombre de danseuses, mais c’est cela que l’on aime. » A Paris, le Lycée Octave Feuillet propose un CAP Plumassière, ou l’on acquiert les compétences et les techniques propres à tous les métiers d’art, et notamment la plumasserie. Ensuite, une formation est proposée en interne au sein de la Maison Février. Editte Février est aujourd’hui très reconnaissante envers le Moulin Rouge, d’avoir racheté la Maison Février. « Si l’atelier avait dû fermer, il n’y aurait plus de plumassières à ce jour », confie-t-elle.

Dans les coulisses de la Maison Février
Des plumes par-ci par-là, des costumes un peu partout et surtout de la bonne humeur, bienvenue dans l’univers magique de la Maison Février, situé dans un des immeubles de la Rue Lepic. Ici, les plumassières utilisent leurs doigts de fées pour transformer un banal accessoire en une pièce extraordinaire. Elles travaillent en collaboration avec leurs clients, pour s’approcher au plus près des souhaits de ceux-ci. « Pour créer un costume, il y a environ dix personnes qui interviennent lors de la création d’un costume, explique Editte Février. Le maquettiste, qui nous propose le dessin, puis tous les autres métiers : le costumier, le brodeur… C’est un travail d’équipe. » Les plumes proviennent d’un peu partout dans le monde, mais chacune d’entre elles est unique. Elles sont stockées dans les meubles en bois polis qui décorent l’atelier, avant d’être triées une par une puis lavées et teintées. Vient ensuite l’heure de la transformation. Ciseaux, fils, pinces, couteaux spéciaux, fer à gaufrer… Elles passent entre les mains des maîtresses de la Maison et de leurs outils transmis par les anciennes plumassières, pour se refaire une beauté et arriver à un résultat époustouflant. Chaque plume est travaillée par une seule personne du début à la fin, qui la signe de sa propre touche artistique. Mais pas question de dévoiler les secrets de ce savoir-faire unique, qui se transmet discrètement de plumassière à plumassière, depuis maintenant plus de
80 ans ! Seuls quelques mots peuvent s’échapper de leurs bouches : élégance, résistance, création, féérie… De quoi nous aiguiller sans pour autant trahir le secret, qui doit rester entre les murs de la Maison Février…