Monaco un laboratoire environnemental et urbain

La Principauté de Monaco peut émouvoir… mais pas toujours. Certains y voient un patchwork urbain désorganisé, dénué de sens. Monaco, de par son exigüité, peut aussi passionner. En tout cas elle ne laisse pas indifférent et c’est bien là l’essentiel.

La Principauté telle qu’on la connaît aujourd’hui a une histoire. Cette histoire, liée à la famille Grimaldi depuis bientôt 720 ans, s’est très fortement accélérée en seulement 150 années. 2016 est une année anniversaire, puisque l’on fête les 150 ans de Monte Carlo. Monte Carlo, la naissance d’un quartier qui est à l’origine du tournant pris par la Principauté pour « attirer » le monde. Attractivité, cet objectif sans lequel Monaco ne saurait où aller, aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain. La novation, celle initiée par le Prince Albert II depuis un peu plus d’une décennie, réside dans la prise de conscience que tout un chacun doit se mettre au service d’un environnement fortement déstructuré par les mains de l’homme depuis les origines des temps. Monaco en est un laboratoire, de par sa nature contrainte. En cela, l’urbanisme et l’architecture sont des poissons pilotes de cette nouvelle prise de conscience. Les opérations publiques lancées par le Gouvernement Princier sont déjà inscrites dans cette perspective du « mieux faire », au service de l’homme, tout en minimisant leur impact sur l’environnement. De ce passé, dont les stigmates sont encore résiduellement présents, à ce futur dont nous avons déjà tracé la voie, Monaco est une réalité aujourd’hui même, réalité qui s’inscrit dans une période charnière, visible de toute part.
Réécriture de l’architecture historique

Dans ce contexte particulier, Monaco s’affaire à la fois à développer une image moderne et à préserver ce qui peut encore l’être. Le poids du passé, bien que moins présent ici qu’ailleurs du fait de l’exigüité qui impose des reconstructions sur un tissu urbain contraint et dense, n’avait que peu de prise il y a encore peu de temps. Pourtant Monaco a toujours eu le savoir-faire dans le domaine de la restructuration architecturale et la Principauté rentre dans une autre ère, celle de la préservation d’une partie de son patrimoine, avec parcimonie.
Deux exemples, l’un à Monaco même, lorsqu’il a fallu restructurer la Salle Garnier et l’autre, pas très loin de Monaco, à Beausoleil, quand les Ballets de
Monte-Carlo se sont installés dans des anciens entrepôts de la Principauté.
Ces deux opérations, réalisées sur une dizaine d’années d’écart, ont un point commun : les Ballets de Monte-Carlo. Deux architectes, Sophie Nivaggioni et Daniel Raymond ont œuvré à Beausoleil pour que les Ballets de Monte-Carlo puissent enfin bénéficier de leur lieu et s’inscrire dans la modernité. Un vrai endroit leur permettant à la fois de créer et de répéter dans des conditions identiques aux lieux de spectacle dans lesquels ils évoluent dont la Salle Garnier.

Ce projet est une vraie réussite parce qu’il a été conçu main dans la main avec les équipes de Jean-Christophe Maillot de son origine jusqu’à la première classe des danseurs. De l’autre côté, un architecte monégasque, Rainier Boisson et un architecte spécialisé dans les œuvres architecturales historiques se sont replongés dans la mémoire d’un espace de spectacle conçu à la fin du XIXème siècle par l’architecte Garnier. Dans ce type de restructuration, la main de l’homme doit réécrire parfaitement l’histoire tout en acceptant les techniques modernes permettant une mise en sécurité optimum du public.

Entre nécessité structurelle et développement durable, Monaco est un laboratoire

Monaco, obligée. Monaco, soucieuse. Monaco respectueuse. La Principauté doit continuer à se développer pour ne pas disparaître. Mais Monaco a aussi l’obligation d’être un exemple, au diapason de son Prince Souverain et des engagements auxquels il a souscrits dans le monde entier. Ce challenge, puisque c’en est un, est pleinement assumé. Il est tellement assumé, que les premières opérations publiques certifiées sur le plan environnemental sont déjà sorties de terre depuis quelques années, comme par exemple les Jardins d’Apolline conçue par l’architecte Alexandre Giraldi.
Toutes les opérations publiques en cours d’études sont à ce jour à ce jour développées dans le respect de l’environnement. Dans les dix ans à venir quatre ou cinq autres opérations publiques d’importance verront le jour sous cet angle.
Les Maîtres d’Ouvrage Privés aussi s’y sont mis. Certains sont très proactifs dans le domaine et n’hésitent pas à développer des projets dont les caractéristiques s’approchent de l’idée de « laboratoire environnemental ».
Un urbanisme en incessante mutation… une nouvelle ère pour le Monaco de demain

Dernier angle, celui de l’envergure, de l’espace à plus grande échelle : l’urbanisme.
Monaco entre depuis quatre ou cinq ans dans une autre dimension, celle de concilier ces engagements environnementaux avec de grands projets touchant des morceaux de ville et de mer. L’extension sur la mer, l’entrée de ville du Jardin Exotique, le centre commercial de Fontvieille, le carré d’Or, le dernier morceau de chemin de fer bientôt enfoui sous le collège et un immeuble de bureaux… Tous ces projets s’inscrivent dans la dynamique d’une mutation urbaine qui sera réalisée sur une décennie seulement.
Le paysage se transforme et Monaco s’est inscrite dans la modernité architecturale.
Berceau de la Principauté jusque là intouchable, Monaco-Ville posée sur son Rocher a vu une première œuvre contemporaine se construire en son seing, le bâtiment du Conseil National conçu et réalisé par l’architecte monégasque Jean-Michel Ughes. Ce bâtiment est l’un de ces témoins que Monaco évolue dans le sens de la modernité. Les autres grands projets structurants en cours d’études et bientôt de construction, grâce aux interventions d’architectes étrangers reconnus mondialement, associés à des architectes monégasques, vont perpétrer cette image d’un Monaco en mouvement, ouvert au monde.

Les architectes de l’Ordre de la Principauté de Monaco sont enclins à cette ouverture d’esprit et démontrent au quotidien ô combien la polyvalence est de mise et tendent vers l’excellence. Et cela continuera…

INTERVIEW :

Questions croisées à Sophie Nivaggioni et Daniel Raymond, architectes du « Lieu » des Ballets de Monte-Carlo :

Trends : Quelle est selon vous la raison majeure de la réussite de ce projet ?
L’appropriation et la force du lieu, l’atelier d’architecture étant mitoyen de l’immeuble concerné, bâtiment offrant dès l’origine une partition de volume et d’espace très intéressante qui, plutôt que d’être une contrainte, s’est révélée tel un atout du projet pour les architectes.

Ensuite, c’est bien évidemment la réussite d’un partenariat cohérent animé par des interlocuteurs compétents et totalement investis culturellement qu’il s’agisse de la volonté affirmée du Gouvernement Princier pour le financement de ce programme, de l’équipe conduite par Jean-Christophe Maillot ou de celle des architectes.

Trends : Comment avez-vous su concilier les attentes de J.C Maillot avec vos contraintes ?
Il est très inhabituel de bénéficier de clients-usagers qui aient une lecture de l’espace depuis des plans et coupes, établis à l’époque en 2 dimensions. Les danseurs travaillant sur l’espace, tout comme les architectes, c’est cette connivence naturelle qui a créé la cohésion nécessaire à la réussite du projet, d’autant que nous nous étions déplacés, accompagnant la production des Ballets de Monte-Carlo, sur trois sites privilégiés en Allemagne et aux Pays Bas afin d’apprécier le fonctionnement de la troupe.

Trends : Une anecdote sur la réalisation de cette opération ?
Sans citer une « anecdote » à proprement parler, on peut évoquer, avec fidélité, le passé avec l’évolution du lieu et les liens qui l’unissent aux architectes. D’un côté, Daniel Raymond ayant l’expérience et maîtrisant la connaissance du quartier qu’il avait étudié et restructuré puis qui abritait son Atelier jusqu’en 1997 et de l’autre, une jeune architecte, Sophie Nivaggioni, passionnée de danse, un Art qui l’émeut.
C’est une belle rencontre d’architectes qui a porté ses fruits et qui reste gravée dans nos mémoires.

Trends : Selon chacun de vous deux, en un mot, comment qualifieriez-vous votre métier ?
« Marchand de bonheur ».
Cette appellation bien que « lyrique » correspond bien au but essentiel de notre métier.
Nous construisons pour le bien être. Les compétences acquises au fil des années sont un gage de sérénité lorsqu’il s’agit d’arbitrer des solutions complexes qui se présentent dans la conception d’un projet, mais cet élan de sagesse ne saurait faire oublier l’ambition bien légitime que l’on doit réserver aux jeunes architectes et qui n’est la propriété de personne : « l’imagination est plus importante que le savoir ».

Trends : Si vous deviez retravailler ce projet aujourd’hui, feriez-vous la même chose ?
Oui pour ce qui relève de la partition de l’espace, des choix de structure et de reprise en sous œuvre de l’immeuble, ce qui a concerné la réhabilitation « lourde » du bâti dans une démarche de préservation des avoisinants.

Et certainement non pour les matériaux choisis pour le traitement des espaces, sans compter sur les adaptations sans doute nécessaires de programme. C’est le respect dû aux signes du temps, au temps qui passe dont on ne peut ignorer ni l’importance ni la réalité.

 

Crédit photo : J.M Ughes Architecte
© DR : Valode & Pistre