Salut les ptis clous !

Qui dit un cinquantième numéro dédié au vintage, dit obligatoirement musique des années 80 ! Et qui mieux que Marc Toesca, le présentateur iconique de l’incontournable Top 50 pour nous en parler puisque la musique rythme encore et toujours sa vie que ce soit en tant que présentateur ou producteur. Il nous offre même pour l’occasion, son Top 10 ! Flashback Garanti…

Peux tu nous en dire un peu plus sur ton parcours qui t’a fait réussir aussi bien en radio, en télévision ?

Je suis de cette génération qui a découvert ces médias grâce aux radios pirates et aux nouvelles chaînes de télévision, d’une époque où tout (ou presque) restait à inventer. Je dois beaucoup aussi à ces patrons, issus du sérail, qui ont, pour avoir touché à tous les métiers des médias, de la présentation, à la production, au montage etc, etc, acquis une vraie connaissance des attentes du public. A la création de Canal+ un de nos boss nous a dit un truc très simple: « Amusez vous et le téléspectateur aura envie de déconner avec vous »…

Quel est ton meilleur souvenir en tant qu’animateur et présentateur et ta pire expérience ?

Mon meilleur souvenir reste le premier anniversaire de Canal +, au mois de novembre 1985, qui coïncidait, si je me souviens bien au millionième abonné de la chaîne. C’était sur la scène de Bercy et, ce jour là, j’ai ressenti une certaine fierté d’être encore là, après des mois d’incertitude, lorsque les esprits étroits annonçaient chaque semaine la fin de Canal. Le pire: Le 19 juin 86, une demi heure avant de faire le Top 50 en direct, la direction des programmes nous annonce la mort de Coluche et me demande de dire quelque chose en début d’émission. Je ne me souviens plus de la suite…

A ton avis quels sont les traits de caractère de bon animateur présentateur?

Je ne crois pas qu’il existe un profil type. Le bon animateur est à la base quelqu’un de généreux, tu fais ce métier pour les autres, par la TV, tu rentres chez les gens donc tu te présentes, tu es ouvert, naturel et attentif puis le public te choisit (ou pas). Si tu commences à vouloir te la jouer méprisant, du genre starlette intouchable, tu peux, à la limite, faire illusion quelques temps et puis… (J’ai des noms)

Tu as vu de jeunes chanteurs débuter qui sont encore 35 ans après sur le devant de la scène, t’en doutais tu à l’époque ?

Pas du tout… Par exemple, j’ai fait ma première interview de Goldman à ses tout débuts en 1979. J’ai rencontré à l’époque un garçon timide, effacé qui, presque s’excusait de prendre de ton temps, le genre de personnage dont tu ne peux t’empêcher de penser qu’il va se faire bouffer tout crû par le système. 40 ans plus tard, tout en restant effacé, et timide, c’est lui qui a mis le show biz à genoux. J’ai des contre exemples aussi de ces jeunes coqs de la chanson qui sont passés à la trappe aussi vite qu’il étaient apparus…

Finalement que représentent les années 80 pour toi ?

Un mot « Liberté ». Le terme de « radio libre » inventé au début des années 80 veut tout dire et résume à lui seul l’esprit du moment. Et ce sentiment de liberté était partout, je me souviens de ces campagnes de pubs pour les grandes surfaces qui proposaient dans leurs rayons des « Produits Libres », c’est à dire conditionnés dans des emballages blancs sans marques ni références.

Pourquoi à ton avis ont elles autant marquées les esprits ?

Parce qu’elles sont foutraques et excentriques. Et pour plagier « L’enfant radieux » titre du portrait de Basquiat paru dans Artforum en 1981, je dirais que ces années sont un peu « La décennie radieuse ». Les producteurs de cinéma sont encore assez inconscients (ou fous) pour financer des films comme « Diva » de Beineix ou Besson qui met en scène des poissons et un héros dont l’introversion est limite pathologique. Les programmateurs de radio n’hésitent plus à envoyer aux heures dites de grande écoute le dernier 45 tours d’un groupe sorti de nulle part, tout simplement parce qu’ils trouvent ça bien. La télé se débride à tel point que Drucker invite les Cure à Champs Elysées ou, le samedi soir, sur le plateau d’une émission débat où tout le monde fume et picole, il n’est pas rare que le générique de fin se déroule sur fond d’insultes et de verres qui volent bas…

Tes filles ont elles d’ailleurs été bercées par les musiques des années 80 ?

Elles m’ont piqué quelques collectors mais ce n’est pas non plus la référence la plus absolue et indispensable. Elles m’ont souvent raconté que dans les soirées, il a suffit d’un bon truc estampillé 80 pour relancer les ambiances un poil poussives.

On fait nos curieux mais d’où est venu votre inoubliable « Salut les petits clous ! » ?

Je crois que la question est aujourd’hui dans le Trivial Pursuit ». Donc voici la réponse: Il m’arrivait assez souvent de recevoir au bureau des courriers adressés à Monsieur Marteau Esca, ce qui, bien sûr, amusait tout le monde. Salut les p’tits clous était aussi un clin d’œil à Jean Lou Laffont, légendaire présentateur du Hit d’Europe 1, qui commençait ses émissions par Salut les p’tits loups…

Quelle chanson fredonnes tu sous ta douche. Tu serais plus U2 ou Desireless ?

Sincèrement sous la douche c’est: « Voyage, Voyage, plus loin que le nuit et le jourrrrrr », mais j’aime aussi « Besoin de rien envie de toi, comme jamais envie de persooooooonnnneee ».

Peux tu nous en dire un peu plus sur ton actualité ?

Aujourd’hui j’écris et présente une chronique quotidienne « Pop Story » diffusée sur France Bleu dont je ne vais pas tarder à enregistrer la 1000ème. Avec l’organisme de formation basé à Monaco « Iris Développement » nous organisons des séances de Média Training et de prise de parole en public et très régulièrement mes vieux potes de télé me demandent de venir en plateau jouer l’éminence musicale…

Quel est ton péché mignon en Principauté ?

Mon épouse…

Sélection Marc Toesca

Michael Jackson « Thriller »
C’est « The » album de nos années 80. Avec son brassage de style,s Pop, Rock, Dance et World, « Thriller » invente la musique du demi siècle à venir et surtout, à la naissance des chaînes musicales, le pouvoir du Vidéo Clip.

U2 « With or Without You »
Pour les fans (et les autres aussi), l’album « Joshua Tree » est la référence Rock de la décennie, celui qui propulse Bono et sa bande au delà du statut de « Stars »…

Daniel Balavoine « L’Aziza »
Cette chanson de Balavoine (plébiscitée par le public français) illustre le débordement de bons sentiments de nos années 80. Certes la décennie est souvent qualifiée d’insouciante et immature, mais jamais, la jeunesse ne s’est mobilisée pour autant de grandes causes: Famine en Ethiopie, soutien à Nelson Mandela, les Restos du cœur, etc, etc..

Etienne Daho « Epaule Tatoo »
Avec « Pop Satori » Etienne Daho lance la fameuse « French Touch », un style qui inspirera bon nombre de groupes anglais. Les filles, définitivement séduites par le bel Etienne, adhèrent au club des « Dahomaniaques »…

Soft Cell « Tainted Love »
Les années 80 sont aussi celles d’une pop anglaise dynamique et particulièrement inventive. L’époque est aux synthétiseurs, boîtes à rythme et musique assistée par ordinateur. J’ai pensé, au milieu de centaines d’autres 45 tours, que ce tube de Soft Cell pourrait illustrer cette tendance.

Téléphone « un autre Monde »
Un gros coup de nostalgie pour tous ceux qui ont grandi à l’époque où Téléphone dominait notre rock Hexagonal. Deux ans après « Un autre monde » Jean Louis, louis, Corine et Richard, décident de mettre un terme à leur histoire commune. Je sais que pour certains la fin de Téléphone, c’est un peu la fin de leur adolescence… Le temps passe!

Les Innocents « Jodie »
Ce n’est certainement pas le plus gros tube des années 80. Mais à chacun sa petite madeleine, et pour moi « Jodie » des Innocents est la chanson qui me téléporte direct au pays du doc et de Marty Mc Fly… Retour vers le futur garanti à l’époque des baskets à paillettes et des coupes de cheveux dites « mulet ».

Madonna « Papa Don’t Preach »
« True Blue » sorti au mois de juin 86 et sur lequel plane l’ombre de Sean Penn, est l’album quasi parfait. Madonna qui a coécrit toutes les chansons, certaines au thème brûlant comme « Papa Don’t Preach », sort de ce rôle de jeune chanteuse sexy et incontrôlable pour devenir: La Madone du Top.

Prince « Kiss »
Un riff de guitare, un break et Prince dégaine un « Kiss » chaud et humide. Le « p’tit gars » de Minneapolis n’a pas usurpé son titre de chanteur à haute teneur sexuelle et peut, en toute liberté, jouer au « Love Symbol » des années 80.

Johnny Clegg « Scatterlings of Africa »
Avec « Graceland » de Paul Simon, le Zouk de Kassav, le reggae de l’ivoirien Alpha Blondy ou le guinéen Mory Kanté, la World Music finit de conquérir le TOP 50. Johnny Clegg, dit le Zoulou blanc, ne fera que confirmer cette tendance au métissage avec « Scatterlings of Africa » classé N°8 du Top au mois de novembre 87…