mardi 18 janvier 2022

En tête à tête avec SAS le Prince Albert II de Monaco

Je partage

Parfois la vie nous offre de belles opportunités dont on ne saurait même rêver. Comme celle d’avoir l’honneur et l’immense privilège de rencontrer et d’échanger,par un beau matin d’automne, avec le seul Chef d’État en exercice à pouvoir se targuer d’être allé sur les deux pôles. En effet, S.A.S le Prince Albert II de Monaco fascine de par ses milles vies : fervent explorateur au chevet de la Terre, sportif olympique accompli et bien évidemment Prince souverain passionné à la personnalité aussi bienveillante qu’engagée. Nous avons ainsi eu la chance de pouvoir échanger avec Lui sur des sujets aussi captivants qu’importants comme Sa passion pour la mer et les zones polaires, Son engagement pour la préservation de l’environnement, Ses valeurs et Ses priorités mais aussi sur le tournant formidable qu’Il a fait prendre à la Principauté de Monaco. Mais laissons-Lui plutôt la parole…

CONCERNANT MA FASCINATION POUR LES
ZONES POLAIRES, ÉVIDEMMENT L’HÉRITAGE DE MON AÏEUL LE PRINCE ALBERT IER Y EST POUR BEAUCOUP.

Prince Albert II de Monaco
© Palais Princier de Monaco

Trends : A quand remonte Votre fascination pour les fonds marins et les zones polaires ? Et comment est née Votre envie de les protéger ?

C’est très simple, c’est un véritable héritage familial. En effet, cet intérêt particulier découle en grande partie, du souvenir et de la vision totalement avant-gardiste du Prince Albert Ier (NDLR : Ce dernier, surnommé le Prince Navigateur à la fin du XIX ème – début du XX ème siècle, était connu pour sa passion pour l’océanographie et son esprit totalement novateur en matière d’enjeux environnementaux.). Et lorsque l’on a la chance de vivre à quelques encablures d’un musée océanographique emblématique, on ne peut qu’être attiré et fasciné par la mer en général et bien évidemment par la faune et la flore qui la peuplent. Mes parents, nous ont aussi initiés très tôt, mes sœurs et moi, aux joies de la navigation de plaisance. Cette dernière nous a permis de découvrir et d’apprécier les différents paysages marins qu’offre la Méditerranée.

J’ai également assez vite épaulé mon père en l’accompagnant dans de grands rassemblements d’organisations en charge de la préservation de cette dernière, comme la Commission Internationale pour l’Exploration Scientifique de la mer Méditerranée (CIESM) dont je suis d’ailleurs le Président aujourd’hui. J’ai participé à de nombreuses initiatives soutenues par mon père en la matière. Comme par exemple, l’ambitieux projet RAMOGE qui met en place une zone côtière pilote pour la surveillance de la pollution des fonds marins, entre la France, la Principauté de Monaco et l’Italie (NDLR :RAMOGE tire son nom des deux premières lettres des villes délimitant la zone initialement : Saint-Raphaël, Monaco et Gênes.), la création du sanctuaire Pelagos, qui dans la continuité de RAMOGE dédie un espace maritime de 87 500 km2 qui fait également l’objet d’un accord entre les trois pays afin de protéger les mammifères marins qui le fréquentent ou encore la ratification intergouvernementale de l’ACCOBAMS (Accord sur la Conservation des Cétacés de la Mer Noire, de la Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente) qui a également pour but la préservation des cétacés d’une large zone entre la Mer Noire, la Méditerranée et l’est de l’Océan Atlantique.

Concernant ma fascination pour les zones polaires, évidemment l’héritage de mon aïeul le Prince Albert Ier y est pour beaucoup. Ce dernier a en effet effectué à la fin du XIX ème et au tout début du XX ème siècle, quatre expéditions en Océan Arctique avec différents équipages scientifiques. Sa dernière a été organisée en 1906. Un siècle plus tard, en 2005, j’ai eu la chance de pouvoir retracer quasi à l’identique le parcours qu’il avait lui-même effectué, autour du Spitzberg. J’étais accompagné de scientifiques venus étudier les conséquences du réchauffement climatique. Ce fut une expérience extraordinaire. (NDLR : c’est au cours de cette expédition, que SAS le Prince Albert II de Monaco a constaté, en comparant avec un cliché pris par son trisaïeul que le front du glacier Lilliehook avait reculé de six kilomètres en un siècle !) D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été très intéressé par les récits d’exploration des deux pôles comme ceux de Robert Falcon Scott, d’Ernest Shackleton ou encore de Roald Amundsen.

C’est vraiment cette curiosité et cette fascination pour les espaces lointains de ces continents qui m’ont donné envie d’en apprendre un peu plus sur eux et bien sûr de les protéger car j’ai très vite pris conscience de leur extrême fragilité. Avant d’aller en Arctique, j’ai d’ailleurs fait une très belle rencontre, celle de Jean Malaurie qui, inutile de le préciser, connaît très bien ces régions reculées. (NDLR : ce dernier compte à son actif pas moins de 31 expéditions polaires et il est le premier à avoir atteint le pôle géomagnétique Nord entraîneau à chiens.) J’ai vraiment été nourri de toutes ces expériences, et j’ai pris conscience de la fragilité des deux régions polaires et donc de l’importance qu’il y a à les préserver.

Dans son Essai sorti en octobre 2020, « Penser comme un iceberg »,le philosophe écologue Olivier Remaud, nous invite à passer d’un usage de la Terre « comme une commodité qui nous appartient » à « une communauté à laquelle nous appartenons ». Sur quoi pensez-Vous que ces changements profonds de mentalité puissent s’appuyer ?

C’est une question essentielle. Nous faisons partie de la Nature, nous ne sommes pas là pour la dominer. L’intelligence humaine (bien que dans certains cas, parfois je la remette en doute) et les outils qui sont à notre disposition doivent être utilisés pour aider la Nature et ce avec une vision plus durable de nos pratiques. Mais pour ce faire, il faut vraiment que chacun prenne conscience que nous sommes seulement une partie de ce grand ensemble complexe et fragile qu’est la Nature. Ce serait déjà un grand pas en matière de prise de conscience. On ne peut pas poursuivre avec le modèle actuel. Nous ne pouvons plus continuer à exploiter de manière totalement déraisonnable toutes les ressources naturelles et ainsi les transformer sans fin. C’est notre avidité qui nous perd. Nous voyons bien, depuis un certain temps maintenant, que nous arrivons aux limites de ce système. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme ou autres, c’est tout simplement bien trop excessif. De nos jours, les modèles existent : les économies circulaires, bleues ou vertes ou encore un savant mélange de ces dernières. Cela nous amènerait à des pratiques bien plus durables, économes et saines pour nous tous. Il existe plusieurs façons pour le faire comprendre à tout un chacun mais cela prend beaucoup de temps. Et du temps nous n’en avons plus. On peut déjà constater de façon évidente les signes de ces limites. Nous ne pouvons plus ignorer que les changements climatiques ont des effets dévastateurs comme les tempêtes que nous avons pu voir depuis quelques années, les incendies et toutes les catastrophes naturelles auxquelles nous devons faire face. On ne peut plus les ignorer. Il est urgent de réagir et de changer nos pratiques.

Pouvez-Vous nous en dire un peu plus sur les objectifs à courts et moyens termes de Votre Fondation Prince Albert II de Monaco ?

C’est très simple, la Fondation continue d’être fidèle à sa vision d’un monde plus durable. Pour ce faire, ses trois grands « chevaux de bataille » restent : la préservation de la biodiversité, le développement des énergies renouvelables afin de lutter contre les effets du changement climatique ainsi que l’accès pour tous à l’eau avec la recherche d’une gestion plus durable de cette ressource. L’accent est bien évidemment mis sur les pays en développement, les zones polaires et les pays Méditerranéens, mais afin de faire face aux urgences, cela ne nous empêche pas de participer et de soutenir en partenariat, des évènements et des projets sur tous les continents. Pour ce faire, nous avons développé différentes branches à travers le monde, que ce soit en Europe, enAmérique, en Afrique ou encore en Asie.

Nous avons également beaucoup œuvré pour les océans en accompagnant la recherche des sciences marines et en menant des projets liés à la préservation de la biodiversité marine. Il ne s’agit pas d’une spécialisation de nos initiatives mais nous y avons vu une réelle urgence. Il est en effet primordial de faire remonter les questions concernant la protection de l’océan dans l’agenda international car le lien entre l’océan et le climat doit être mis en exergue. C’est d’ailleurs à la demande de la Fondation et d’autres partenaires que le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat)s’est penché en 2019 sur l’édifiant rapport consacré aux océans, à lacryosphère (les zones de la Terre où l’eau est présente sous forme glacée) et au changement climatique. Ce dernier a permis de faire des avancées considérables et surtout d’établir le lien et le rôle que jouent les océans dans l’atténuation des changements climatiques (NDLR : ce rapport indique entre autres que les océans pourraient offrir des solutions en matière d’énergies renouvelables comme le développement des éoliennes offshore ou encore via la plantation de mangroves qui absorberaient et stockeraient très efficacement le CO2 atmosphérique.)

© Eric Mathon Palais Princier de Monaco

IL FAUT VRAIMENT QUE CHACUN PRENNE CONSCIENCE QUE NOUS SOMMES SEULEMENT UNE PARTIE DE CE GRAND ENSEMBLE COMPLEXE ET FRAGILE QU’EST
LA NATURE.

Prince Albert II de Monaco

Pensez-Vous que Monaco puisse devenir un laboratoire à idées pour le monde de demain ?

Je crois que nous sommes déjà un peu un laboratoire, puisque la plupart des projets menés en Principauté de Monaco se font avec un cahier des charges extrêmement précis en matière d’impact environnemental, et ce depuis un certain nombre d’années. Prenons comme exemple, l’Extension en Mer débutée il y a maintenant cinq ans (NDLR : cette dernière permettra à la Principauté de gagner 6 hectares de surface sur la mer et la naissance d’un nouvel éco-quartier de l’Anse du Portier). Elle a été particulièrement décriée au départ, mais nous nous sommes appuyés sur un comité scientifique qui a validé et guidé la mise en place du cahier des charges. Nous avons cherché, bien évidemment, à contrôler et surtout à minimiser le plus possible l’impact écologique de celle-ci. Pour cela, beaucoup de choses totalement inédites ont été mises en place. Comme le déplacement des espèces animales et végétales protégées. En effet, afin de préserver et déplacer les posidonies (plantes à fleurs sous-marines endémiques de la Méditerranée), il a fallu inventer un système inédit de paniers métalliques recouverts de toile en fibres de coco biodégradable pour les récolter et les transplanter au sein de la réserve du Larvotto et au pied de la digue de Fontvieille. Cette opération audacieuse et jusqu’ici jamais imaginée est une réussite puisqu’à ce jour près de 95% des plants ont survécus. Mais aussi, bien que ce ne soit pas inscrit dans les lois, les promoteurs et constructeurs sont fortement encouragés à réaliser des immeubles qui tendent vers la neutralité carbone ou même la positivité en énergie (NDLR : il s’agit d’un bâtiment qui produit plus d’énergie-thermique ou électrique- qu’il n’en consomme.) Comme par exemple, le projet d’un petit immeuble domanial en bois qui doit voir le jour sous peu. Cela se fait déjà beaucoup dans certaines villes car c’est moins énergivore et plus respectueux de l’environnement. Monaco est dans une bonne dynamique pour démontrer que nous nous préoccupons de cette problématique environnementale, bien que cela n’ait malheureusement pas toujours été le cas des immeubles construits par le passé. C’est dans cette même volonté, que dès l’an prochain, il n’y aura plus de chauffage au fuel dans aucun foyer de la Principauté. C’est une grande étape pour les habitations existantes. Mais concernant les nouvelles constructions, celles-ci doivent impérativement obtenir au minimum une certification environnementale.

Le sport fait partie intégrante de Votre vie. Quelles sont les valeurs qui Vous tiennent le plus à cœur ?

Ce sont les valeurs intemporelles du sport qui me portent le plus. Ayant eu le grand privilège de participer à cinq éditions des Jeux Olympiques (NDLR : SAS Le Prince Albert II de Monaco faisait partie de l’équipe monégasque de Bobsleigh aux Jeux Olympiques d’hiver de 1988, 1992, 1994, 1998 et 2002.) et étant membre depuis 34 ans du Comité International Olympique, ce sont les valeurs de partage, de dépassement de soi, de tolérance et de camaraderie qui me touchent le plus et qui ne sont plus à prouver. L’amitié par le sport se vérifie chaque jour. J’ai eu la chance de rencontrer aussi bien de grands champions que des athlètes plus anonymes et indubitablement nous sommes tous liés par cette passion pour le sport et par les valeurs qu’il porte. Malgré la rivalité que l’on retrouve dans les stades, les piscines, les terrains et les enceintes sportives en général, il reste ce lien de fraternité très fort entre ces personnes qui finalement ont partagé les mêmes joies, les mêmes peines mais aussi les mêmes souffrances. Le sport apporte beaucoup d’expérience, de ressentis et d’émotions qui nous accompagnent tout au long de notre vie.

© Eric Mathon Palais Princier de Monaco

Quel sport qui n’est pas encore présent à Monaco, rêveriez-Vous de développer ?

Nous n’avons aucun objectif particulier en matière de développement de nouvelles disciplines. Il y a longtemps j’ai eu l’idée d’une patinoire mais c’était assez compliqué tant au niveau de l’emplacement que techniquement. Et on en revient aux questions précédentes, à savoir que consacrer autant d’énergie pour entretenir celle-ci durant les chauds mois de printemps et d’été était difficilement défendable pour moi. Et ce, même si j’aime beaucouple patinage. Je pense que la Principauté de Monaco est particulièrement bien représentée dans l’univers des sports. En effet, il existe plus d’une cinquantaine d’associations et de fédérations sportives à Monaco. Pour un si petit état, cette panoplie de disciplines est déjà impressionnante. Nous continuons également à développer le sport à travers les grands événements sportifs incontournables de la Principauté, mais aussi à l’école, en associations et en clubs. Ce qui est important c’est surtout que tout le monde puisse avoir accès à une pratique sportive et ce quel que soit son niveau et ses préférences. Certes, la crise sanitaire a freiné la pratique du sport mais nous concentrons tous nos efforts afin d’ouvrir à nouveau l’ensemble des disciplines. En effet, la pratique de certains sports de combat ou encore le squash sont encore malheureusement à ce jour au point mort. J’en suis désolé mais nous essayons d’adapter les mesures et d’accompagner au mieux ces activités. La Principauté peut aussi s’enorgueillir d’avoir plusieurs très bons jeunes éléments monégasques qui se démarquent, depuis peu, en Kitesurf et en Badminton. Le fils d’un monégasque émigré aux États-Unis a également décroché d’excellents résultats en Skateboard. Je ne veux pas présumer de l’avenir, mais peut-être aurons-nous un jour, un représentant monégasque en Skateboard aux Jeux Olympiques !

© Gaëtan Luci

LES JEUNES VONT PEUT-ÊTRE TROUVER QUE C’EST UN MOYEN RINGARD DE CHERCHER LA SIGNIFICATION D’UN MOT MAIS JE PENSE QU’IL EST ESSENTIEL D’AVOIR TOUJOURS UN DICTIONNAIRE PRÈS DE SOI

Prince Albert II de Monaco

Quel livre Vous accompagne depuis longtemps ?

Je n’ai à mon goût, pas assez de temps pour lire (autre chose que des dossiers). Tout d’abord, à mon sens le livre essentiel est bien évidemment un dictionnaire. Alors oui nous pouvons maintenant chercher la signification de tel ou tel mot sur les différents moteurs de recherche de nos appareils mobiles. Mais lorsque l’on effectue cette recherche dans un dictionnaire, on se plonge toujours dans tout un tas de choses auxquelles on ne pensait pas : le sens d’autres mots, une subtilité ou encore un contre sens. Je découvre alors beaucoup de richesses et souvent bien loin de ma recherche initiale. Cela permet toujours d’apprendre, à mon sens. Les jeunes vont peut-être trouver que c’est un moyen ringard de chercher la signification d’un mot mais je pense qu’il est essentiel d’avoir toujours un dictionnaire près de soi. Le second ouvrage a vécu, c’est le moins que l’on puisse dire puisqu’il se décolle maintenant quasiment en deux parties distinctes. Mais j’adore parcourir le Guide « Movie & Video » de Leonard Maltin (NDLR : Il s’agit d’une collection de recueils de sélections de films avec un classement par étoiles par le critique Leonard Maltin dont le premier opus est paru en 1969 et le dernier en 2014. Il était mis à jour chaque année depuis 1986.) Cette édition date un peu puisqu’il n’y a pas les films parus après 1998 mais j’aime beaucoup les commentaires de Leonard Maltin qui est très connu aux États-Unis. Ainsi, lorsqu’il y a de vieux films que je ne connais pas trop, j’y retrouve un synopsis ainsi que toute la tache technique de ce dernier. J’essaye ainsi d’être incollable, pour mon service presse, sur les acteurs, les réalisateurs et autres et c’est une véritable mine d’informations ! Le troisième est un ouvrage récent mais après avoir vu sa chronique dans une émission de télévision tôt le matin, j’ai eu envie de le découvrir. Il s’agit de « La Brûlure » de Christophe Bataille. Je suis en train de le lire et j’aime beaucoup. L’auteur y évoque un été très chaud où il arrive des tas de choses mais il y fait aussi le lien avec la nature et le réchauffement climatique indéniable ainsi qu’avec ses propres inquiétudes et douleurs physiques et morales. C’est vraiment très intéressant et superbement écrit.

© Axel BASTELLO

Choisissez une situation parmi ces trois cas :un thé glacé sur l’Annapurna ? Un bas-armagnac dégusté dans une plaine du Gers ? Ou un barbagiuan au bord de la Méditerranée après une baignade ?

Les trois car on peut s’émerveiller de tout ! Mais bon, même si je suis amateur des autres alcools, je suis Mousquetaire d’Armagnac, alors je me laisserais bien tenter par un Bas-Armagnac sur l’Annapurna bien que je pense avoir un peu de mal à boire un tel alcool en dépassant les 4 000m ! (NDLR : Les membres de Compagnie des Mousquetaires d’Armagnacse veulent les ambassadeurs à travers le monde, de l’art de vivre gascon et de ses valeurs et évidemment de l’Armagnac. Elle est présente dans 75 pays et compte nombre de membres prestigieux comme Leonardo di Caprio, Alexandre Vinokourov, John Malkovich, le roi de Suède, ou encore le roi de Norvège. S.A.S Le Prince Albert II de Monaco en est membre depuis sa participation au challenge d’escrime de d’Artagnan en 2003).

Quelle rencontre Vous a le plus marqué au cours de votre vie ?

Je pourrais citer nombre de personnes mais je pense immédiatementà Nelson Mandela. Ce fut vraiment une rencontre époustouflante car il y avait une telle sagesse chez cet homme extraordinaire. J’admirais beaucoup son état d’esprit : car certes nous pouvons toujours évoquer le passé, mais il faut avant tout avancer et pardonner. Son attitude, ses convictions, son abnégation, sa vision pour son pays et l’héritage qu’il laisse au continent africain (et pas seulement), en font un personnage tout à fait hors du commun et inoubliable. Madiba a changé le cours de l’histoire avec tant d’humilité et de sensibilité, que cela laisse unemarque d’autant plus forte dans les cœurs et dans les esprits. (NDLR :S.A.S Le Prince Albert II de Monaco a plusieurs fois rencontré le président sud-africain comme à l’occasion d’un bel évènement caritatif organisé conjointement en 2007 en Principauté et dont les bénéfices étaient reversés à l’Amade Mondiale, Nelson Mandela Foundation, Nelson Mandela Children’s Fund, and the Mandela Rhodes Foundation.)

© Gaëtan Luci

Votre passion pour la musique n’est plus à démontrer. Quels sont Vos artistes favoris ?

J’ai eu la chance de connaitre beaucoup d’artistes et de chanteurs au cours de ma vie… Je partage par exemple une amitié de très longue date avec Bono du groupe U2, qui est d’ailleurs très certainement le groupe que j’ai le plus vu en concert. Ensuite, j’aime énormément les Rolling Stones. J’apprécie également beaucoup Bruce Springsteen, Phil Collins et Dionne Warwick. Je pourrais vraiment en citer beaucoup d’autres. Mais je finirai par quelqu’un qui est sans doute, l’un des grands regrets de ma vie. En effet, je n’ai jamais pu voir Elvis Presley en concert. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est pour cette raison que j’ai choisi les États-Unis pour faire mes études mais je voulais profiter de cette opportunité pour avoir cette chance. Malheureusement, il est décédé un mois avant que je n’entre au Amherst College (dans le Massachusetts).

Quelle est la première chose que Vous faites lorsque Vous revenez à Monaco après un déplacement à l’étranger

Alors, je ne fais pas comme sa Sainteté ; je n’embrasse pas le sol en arrivant. Mais, plus sérieusement, que ce soit par la route ou par le ciel, je suis toujours aussi émerveillé par la vue d’ensemble qu’offrent la Principauté et la Méditerranée. Et j’éprouve toujours ce même émerveillement à la découverte de ce paysage. J’admire sa douceur, sa beauté mais aussi sa luminosité exceptionnelle. Celle qui a fasciné tant d’artistes peintres en leur temps. Elle change et évolue selon les saisons, mais elle reste tout simplement extraordinaire. Je ne m’en lasse jamais et je ne suis pas le seul à éprouver cela. Plusieurs personnes m’en ont déjà fait part.

© Axel BASTELLO

Ils s’adressent à SAS Le Prince Albert II de Monaco

Alain Marschall Journaliste BFM TV & RMC

Monseigneur, pensez-Vous que Monaco puisse devenir un laboratoire en matière d’urbanisme et d’architecture ?

J’ai pour le coup commencé à répondre à cela dans l’une des questions précédentes. Mais pour compléter, il y a déjà de nombreux grands noms de l’architecture qui ont imaginé plusieurs réalisations monégasques. Comme par exemple Norman Foster qui a signé le Yacht Club (NDLR :ce bâtiment de 5000m2 dont l’architecture évoque les paquebots utilise notamment pour sa climatisation la novatrice technologie SWAC (Sea Water Air Conditionning c’est-à-dire grâce à la fraîcheur de l’eau de mer, puisée à 40 mètres de fond.), Renzo Piano à qui l’on doit le renouveau des plages du Larvotto et la création d’une partie de l’Extension en Mer (NDLR : il a entre autre dessiné le Centre Pompidou, la tour londonienne The Shard ou encore le nouveau pont de Gênes), Jean Michel Wilmotte qui a imaginé la résidence MoNa et le Novotel boulevard Princesse Charlotte ou encore l’incontournable Rudy Ricciotti avec le tout nouveau Centre Botanique au Jardin exotique (NDLR : cet architecte français est également l’auteur du superbe Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée à Marseille MUCEMM et du Musée Jean Cocteau de Menton). Et nul doute, que d’autres viendront bien vite s’illustrer en Principauté. D’autant que cette dernière et certains de ses quartiers sont en pleine mutation. Et nous allons continuer cette évolution vers une architecture plus respectueuse de l’environnement et plus esthétique en laissant plus de place à des éléments naturels, tout en demeurant raisonnable et sans tout transformer d’un coup bienévidemment. Il faut rester fidèle à certains éléments de notre héritage et il existe des zones protégées comme le Rocher. Je pense que nous sommes sur une bonne voie pour l’avenir.

Pierre Lurton Directeur du Château Cheval Blanc & Château Yquem

Monseigneur, à l’heure du changement climatique, selon Vous, quel rôle l’agriculture doit-elle jouer dans la séquestration du carbone et dans la préservation de la biodiversité ?

Bien sûr que celle-ci a un rôle important à jouer. Nous avions d’ailleurs déjà échangé avec Pierre et d’autres professionnels sur ce sujet. Pour l’univers viticole, il est évident que de plus en plus de domaines se tournent vers la biodynamie. Et bien que cela soit au début plus difficile et plus contraignant, ces derniers se sont vite aperçus qu’ils sont plus que gagnants à long terme. Et puis, je pense personnellement qu’il faut également se tourner vers l’agroforesterie. On peut tout à fait sur les mêmes parcelles agricoles associer les arbres, les cultures et les animaux. (NDLR : par exemple : les pré-vergers (où les animaux pâturent sous des vergers de fruitiers), ou encore les parcelles associant fruitiers et maraichage). Cela permet de préserver ces zones et l’espace forestier. En effet, lorsqu’il y a assez de diversité biologique dans un espace donné, cela enrichit la terre et favorise la biodiversité et ce sans utilisation intempestive de produits chimiques. Vous pouvez réellement obtenir des rendements exceptionnels. Cette richesse biologique nourrit la Terre et la rend plus fertile. Il faut donc un petit peu d’élevage, un petit peu de culture, d’arbres fruitiers et beaucoup de préservation.

Ricardo Guadalupe CEO Hublot

Monseigneur, dans le monde dans lequel nous vivons et qui va à 100 à l’heure, avec Vos obligations, quel est Votre propre rapport au temps ?

Avoir un peu de temps pour soi et surtout pour sa famille est capital. Le fait d’avoir sufisamment de temps à sa disposition est un grand privilège et c’est l’équilibre que je cherche à préserver au maximum. Il ne faut pas avoir peur, même si cela est parfois très difficile lorsque l’on a de grandes responsabilités, de dire « Écoutez attendez, je m’occuperai de vous et/ou de ce dossier, mais un peu plus tard, car je dois préserver du temps avec ma famille ». C’est primordial. Beaucoup de gens ont du mal à l’entendre et à le comprendre.Ils sont pris dans un tourbillon sans fin et s’oublient. Mais je pense vraiment que l’on prend de meilleures décisions après avoir organisé son temps pour profiter des siens et de soi.

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