samedi 25 septembre 2021

Una Roca en guise de Graal

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« Je veux gagner au moins un titre !»

Cette phrase pourrait être prononcée par tous les entraîneurs du monde, quelle que soit la discipline pratiquée. Mais, dans le cas de Zvezdan Mitrovic, elle prend une résonnance particulière. Teintée de frustration.

Sous sa direction, l’AS Monaco Basket – désormais connue sous sa nouvelle appellation Roca Team – a terminé les deux dernières saisons à la première place de la Pro A, l’élite du basket français. Cette performance a malheureusement été insuffisante pour se parer du titre de champion de France… comme l’a fait l’AS Monaco en football. En basket, en effet, la saison dite « régulière » regroupant les 18 équipes de Pro A se prolonge par des « play off » réunissant les 8 meilleures qui s’affrontent par élimination directe. Et, malheureusement, l’ASM a chuté deux fois face à Villeurbanne. Ces échecs – à peine compensés par une double victoire en Leaders Cup, une compétition nationale au titre plus ronflant que prestigieux ! – ont été mal vécus par Mitrovic qui, justement, s’est forgé une réputation de « serial winner » tant au Montenegro qu’en Ukraine où il a installé deux clubs parmi les « grands » d’Europe. Un challenge correspondant en tous points à celui de M. Sergey Dyadechko, qui, d’abord mécène, avait pris la présidence de l’AS Monaco en 2015. Le club avait besoin d’un technicien capable de fédérer un groupe, voire un club, autour d’un projet. Et cet homme, Oleksiy Yefimov, le Directeur Executif de l’ASM, pensait le connaître en la personne de Mitrovic qu’il avait côtoyé en d’autres temps en Ukraine et qui l’avait séduit par son pragmatisme. Le coach – qui avait dû quitter précipitamment l’Ukraine en proie à la guerre – aspirait pour sa part à une véritable reconnaissance tant il est vrai que, malgré la qualité de son travail, il était encore à peu près inconnu en Europe de l’Ouest lorsque sa nomination fut annoncée. Ce fut si vrai qu’ à son arrivée en Principauté, Mitrovic dut, pendant plusieurs mois, coacher depuis les tribunes, la Ligue Nationale Française ne reconnaissant pas son diplôme ! Autant dire que sa désignation en tant que « meilleur coach de Pro A » par l’ensemble des entraîneurs au terme de la saison passée aura constitué une douce revanche ! En deux ans et demi, Mitrovic a imposé son style. Il y a d’un côté le coach éruptif dont les colères sur le banc sont déjà célèbres et de l’autre un entraîneur qui s’attache sans cesse à faire progresser ses joueurs et à en tirer le meilleur. Une double personnalité sans aucun doute liée à un parcours atypique car Mitrovic n’a pas hésité à mettre fin à sa carrière de joueur dès l’âge de… 22 ans. Ses qualités d’ailier fort doté d’un excellent tir lui avaient pourtant permis de jouer en Nationale 2 et d’être sélectionné avec les juniors du Monténégro. Paradoxalement, c’est cette distinction qui lui a ouvert les yeux. « En me comparant avec plusieurs de mes adversaires qui ont ensuite réalisé des carrières internationales et ont atteint la NBA américaine, j’ai compris que je n’avais pas et je n’aurais jamais le niveau ». Le signe, en tous cas, d’une exceptionnelle lucidité qui peut expliquer sa réussite actuelle. « Un coach doit savoir changer son système et s’adapter aux joueurs à sa disposition » affirme-t-il alors que bon nombre de ses confrères pensent le contraire ! Il le démontre à Monaco dont l’effectif a été remanié à l’intersaison. La Roca Team domine à nouveau la compétition. Après 16 journées (sur 34), elle est nettement en tête avec 13 victoires pour 3 défaites devant le Mans (11-5). Le parcours en Ligue des Champions est encore plus exceptionnel : 11 matchs et autant de victoires ! Mais tout se jouera, une fois encore, dans le « money time », c’est-à-dire la dernière partie de saison. Et, cette fois, le coach n’entend pas à nouveau échouer. Comme il n’entend pas échouer à la tête de l’équipe du Montenegro dont il a récemment été nommé sélectionneur. « C’est une grande récompense qui me rend très heureux ». Zvezdan Mitrovic mettra tout en œuvre pour relever ce double défi. Il en va de sa crédibilité et aussi, dans une certaine mesure, de sa capacité à atteindre les objectifs fixés dans un contexte des plus relevés. Pas de quoi véritablement l’effrayer !

En tête à tête avec Zvezdan Mitrovic

Avant d’être coach, quel genre de joueur étiez-vous ?
J’étais un shooter, poste 3 ou 4. Un aillé fort, plutôt au profil généreux, un battant, un gagnant.

Quelle a été votre meilleure qualité de basketteur ?
Je dirai l’adresse au shoot. Quelle est votre philosophie de coach ? Mon but est de façonner une équipe qui a du caractère. Celui-ci dépend bien évidemment du caractère individuel de chaque joueur avec lesquels il faut composer. Cette philosophie va donc forcément de pair avec un gros travail de fond.

Votre meilleur souvenir en tant que coach ?
J’en ai deux. Le premier correspond à la saison dernière qui fût exceptionnelle même si non couronnée, mais surtout car j’ai été élu meilleur coach de Pro A par mes pairs, ce qui est une superbe reconnaissance. Le deuxième date de ce début de saison, c’est lorsque j’ai été désigné comme Coach de la sélection nationale du Monténégro.

L’objectif pour cette saison 2018 ?
J’ambitionne de gagner chacun des matchs auquel nous participons. Et d’un point de vue global, je veux gagner au moins un titre. Quel joueur rêveriez-vous de recruter pour la prochaine saison ? C’est très difficile à dire. Comme je vous l’ai dit, ma philosophie c’est de construire une équipe qui a du caractère. La recrue idéale se dessine au fur et à mesure du projet collectif. L’équipe sera toujours plus importante que les individualités.

Quel métier auriez-vous pratiqué si vous n’aviez pas été dans le basket ?
Vous savez, je suis un mélomane. Je voue une grande passion pour la musique. Alors sans aucune hésitation, je dirais Dee Jay !

Votre péché mignon en Principauté ?
Je suis un épicurien. En plus de la musique je suis aussi un féru d’art. Alors une belle exposition suivie d’un bon restaurant, voilà ce qui me plaît.

 

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